Tigre

Le Tigre est un mammifère carnivore de la famille des félidés du genre Panthera. Natif de l'Asie, c'est le plus grand des félins à l'état sauvage et un superprédateur.



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Statut IUCN En danger - CITES annexe I - Modèle biologie - Panthera tigris - Mammifère (nom vernaculaire)

Le Tigre (Panthera tigris) est un mammifère carnivore de la famille des félidés (Felidæ) du genre Panthera. Natif de l'Asie, c'est le plus grand des félins à l'état sauvage[Note 1] et un superprédateur. Le tigre est une espèce menacée, la majorité des tigres vivent désormais en captivité et en 2008, on estime leur population à 2 500 spécimens adultes[1] dont 1 411 individus en Inde[2].

Appellation, étymologie et sémantique

L'œil de tigre rappelle la couleur de l'iris du tigre.

La femelle du tigre est la «tigresse». Le terme «tigreau» est proposé par l'office québécois de la langue française pour désigner le petit du tigre[3], [Note 2], mais n'existe pas dans la majorité des dictionnaires[4].

Le mot «tigre» dérive du grec ancien τίγρις via le latin tigris. Le mot grec lui-même dériverait du persan ancien tigrâ signifiant «flèche» (du radical tij qui veut dire «aiguiser») [5]. Deux adjectifs dérivent du mot tigre : «tigré», rayé comme un tigre et «tigresque», qui sert à désigner tout ce qui a un rapport avec le tigre[6].

En zoologie, le terme tigre a aussi désigné, par extension, nombre de félins à la robe tacquise ou rayée : par exemple, les expressions «tigre d'Amérique», «tigre du Brésil», «tigre de Guyane» et «tigre noir» ont anciennement désigné le jaguar (Panthera onca) [5]. D'autre part, on nomme toujours «chat-tigre» l'oncille (Leopardus tigrinus). Plusieurs autres animaux ont un nom composé du terme tigre, soit parce qu'ils sont rayés comme le requin tigre ou le tigre de Tasmanie, soit parce qu'ils font des ravages (tigre du poirier, serpent-tigre).

Le sens du mot tigre reste empreint d'agressivité, ainsi on dit d'un homme ou d'une femme féroce et impitoyable qu'il est un tigre ou une tigresse, et on peut être «jaloux comme un tigre»[6], [5]. À l'inverse, on parle de «tigre de papier» pour désigner quelque chose d'apparence effrayante mais en réalité inoffensif.

Description

Corps

Le tigre est le plus grand félin sauvage, c'est aussi le plus gros prédateur sur la terre ferme derrière l'ours kodiak et l'ours polaire. Les mensurations du tigre fluctuent fortement d'une sous-espèce à l'autre : un tigre de Sumatra mâle ne pèsera pas plus de 140 kg pour 2, 3 mètres de longueur totale tandis qu'un tigre de Sibérie peut atteindre les 300 kg pour 3, 3 mètres de long[7]. La hauteur au garrot du tigre peut par conséquent fluctuer de 0, 85 à un mètre, sa longueur totale avec la queue de deux à 3, 7 mètres et son poids de 65 à 300 kg[8]. Le record de poids est détenu par un tigre de Sibérie abattu en 1950 : il pesait 384 kg[9].

Les oreilles sont arrondies, leur face externe est noire avec une large tache blanche au milieu. Les pupilles sont rondes, l'iris est de couleur dorée à verte, quelquefois bleue. Le nez est rose avec parfois des taches noires, les vibrisses sont abondantes sur un museau court. Le front est bombé. Le cou est recouvert d'une fourrure bien plus dense et épaisse formant une collerette, en particulier chez le mâle.

Robes

Tigre d'Asie à robe blanche due à une mutation génétique.

Le tigre a une fourrure de couleur jaune clair à orange foncé rayée de noir. Le pelage est blanc crème sur la face interne des membres, la poitrine, la gorge mais aussi sur les joues, la mâchoire inférieure et le dessus des yeux. Les rayures de couleur noires sont plus ou moins abondantes selon les sous-espèces, quelquefois doubles sur les flancs. Elles sont différentes d'un individu à l'autre et même d'un flanc à l'autre et forment une véritable «carte d'identité» ou «code barre» pour le tigre[10]. Les tigres vivants dans les forêts sont généralement plus sombres et ont un nombre de rayures plus important. En hiver, le poil s'éclaircit et devient plus dense, surtout pour le tigre de Sibérie[8]. La queue est en premier lieu rayée puis devient annelée à son extrémité.

Le tigre blanc, quelquefois présenté dans les zoos ou alors les cirques, n'est pas une sous-espèce ni une race géographique du tigre. Quelques spécimens sauvages furent observés en Inde, mais c'est un individu capturé en 1951, Mohan, qui est devenu l'ancêtre de la majorité des tigres blancs captifs[7]. C'est une anomalie génétique qui ne correspond pas à l'albinisme (même si des cas peuvent exister) mais au leucistisme. Les tigres blancs, dits tigres blancs royaux, ont des rayures noires à brunes sur fond blanc avec des yeux bleus.

Les tigres albinos existent : leur corps ne produit pas de mélanine ou celle-ci est mal synthétisée. Ils sont complètement blancs, sans aucune rayure. Leurs yeux sont rouges ou roses.

Le tigre doré a un pelage blanc avec des restes de roux formant des sortes de rayures. Ses yeux sont bleus.

Des tigres noirs ont été signalés de temps à autre, mais l'unique preuve de leur existence est une peau confisquée par la police en octobre 1992. La robe présente un élargissement anormal des rayures qui se rejoignent complètement sur le dos et la tête, provoquant l'illusion d'un tigre noir. Cette robe spécifique pourrait être due à l'expression d'un gène agouti et n'est pas un cas de mélanisme[11].

Vocalisations

Le tigre a un long répertoire de vocalisations, différentes selon leur utilisation : indication de présence, appel d'une femelle, cri d'attaque.... Les rugissements peuvent s'entendre à trois kilomètres de distance[12], ils sont le plus souvent utilisés pour signaler leurs présence aux femelles ainsi qu'aux tigres de passage, mais peuvent quelquefois indiquer que la chasse a été couronnée de succès[12].

Une des vocalisations du tigre reste toujours «inexplicable» : c'est une sorte de «pook», qui ressemble au cri du sambar. Sa fonction est toujours inconnue[12].

Le tigre pousse aussi un «ouff» nasal, une sorte de renâclement : ce cri amical porte le nom allemand de prusten. Dans la nature, il est émis quand deux tigres se rencontrent sur un territoire neutre. Ce son n'est émis que par deux autres félins : la panthère des neiges et le jaguar[12].

Les tigres ne ronronnent qu'à l'expiration, tandis que les félinés ronronnent aussi à l'inspiration.

Performances physiques

Un tigre marchant au pas fait des foulées de 55 à 80 cm de long. La trace de patte mesure 10 à 14 cm de large et 16 cm de long[13]. C'est un excellent nageur. Il traverse aisément les cours d'eau larges de 6 à 8 km et le record est détenu par un tigre de Sumatra ayant traversé un bras de mer de 29 km de large[11]. Un tigre peut courir jusqu'à 50 km/h mais uniquement sur de particulièrement courtes distances, de l'ordre de vingt mètres[14].

Évolution de l'espèce

La lignée des panthères, les Pantherinæ, a divergé il y a 10, 8 millions d'années de l'ancêtre commun des Felidæ, puis il y a 6, 4 millions d'années, la lignée des panthères nébuleuses Neofelis et celle des Panthera et de Uncia divergent[15]. Le tigre est plus proche de la panthère des neiges que des membres du genre Panthera. Il y a 73 000 ans, le tigre frôla l'extinction à cause des éruptions du volcan Toba à Bornéo, mais sa faible diversité génétique révèle que l'espèce actuelle est issue d'un petit bassin d'individu[15].


Arbre phylogénétique du genre Panthera[15]

   Felis   



 Panthera leo - Lion



 Panthera pardus - Panthère ou léopard




 Panthera onca - Jaguar





 Panthera tigris - Tigre



 Uncia uncia - Panthère des neiges ou once




Sous-espèces

L'espèce Panthera tigris comprenait habituellement huit sous-espèces différentes :

Cependant, en 2004, une étude menée sur trois marqueurs génétiques différents de 130 tigres a révélé une nouvelle sous-espèce, le tigre de Malaisie (Panthera tigris jacksoni) [16]. La classification à neuf sous-espèces a été adoptée par l'UICN en 2008[17] puis par des fondations de protection du tigre comme Save the tiger fund ou 21st Century Tiger[18].

Les recherches sur les sous-espèces de tigres se poursuivent toujours afin d'établir des plans de sauvegarde les plus adaptés envisageable. Des comparaisons d'ADN mithocondrial (ADNmt) des différentes espèces, mais également des études menées sur des ossements ou sur l'évolution du tigre au cours des derniers millénaires tendent à diminuer le nombre de sous-espèces.

En outre, l'expression des différentes sous-espèces s'est fréquemment faite au vue d'un unique individu et ne prenait pas en compte la variabilité naturelle des populations. Les études mises en œuvre sont d'autant plus complexes que les spécimens en la possession des naturalistes et les muséums sont fréquemment en mauvais état et mal répertoriés.

Suite à ces recherches, d'autres modèles de segmentation de l'espèce ont été proposés[19] :

  • Un premier modèle diminué le nombre de sous-espèces de tigre à deux :
    • Panthera tigris tigris : Le tigre qui vit sur le continent. Il se définit par une taille et un poids plus grand, une couleur plutôt claire et un nombre de rayures le plus fréquemment inférieur à 27.
    • Panthera tigris sondaica : Cette sous-espèce regroupent les tigres des îles de la Sonde (tigre de Sumatra, de Java et de Bali). Ils ont une robe plus foncée avec des rayures plus nombreuses et sont aussi les plus petits tigres d'Asie.
  • Un deuxième modèle propose une séparation en trois sous-espèces :
    • Panthera tigris tigris : idem premier modèle. Certaines populations du tigre de Sumatra sont incluses dans cette sous-espèce.
    • Panthera tigris sondaica : idem premier modèle. Seules quelques populations de tigres de Sumatra en font partie.
    • Panthera tigris virgata : cette sous-espèce regroupe les tigres d'Asie du Sud-Ouest . Assez grands, leur fourrure est généralement plus longue et plus rayée que Panthera tigris tigris.

Hybrides

Un couple de ligres dans un parc de Corée du Sud.
Icône de détail Article détaillé : Félin hybride.

Des croisements en captivité ont eu lieu entre tigre et lion. Le ligre est le fruit du croisement entre un lion et une tigresse, le tigron celui d'un tigre et d'une lionne.

Le ligre mesure plus de 3 mètres de long, il a une crinière (plus petite que le lion) et a un pelage rayé. Le tigron est plus petit. Selon le site Messybeast, la différence de taille entre le ligre et le tigron est due à un gène soumis à empreinte, c'est-à-dire d'un gène qui s'exprime différemment selon le sexe. Le lion, animal sociable, a besoin d'être dominant sur les autres pour pouvoir gagner une troupe : son empreinte parentale tend à augmenter la taille des individus. La lionne aurait développé le mécanisme inverse pour ne pas avoir de trop grands petits dans le ventre. Les tigres sont des animaux solitaires, qui n'ont pas développé d'empreinte parentale. Dans le cas du croisement entre un lion et une tigresse, le petit sera par conséquent un peu plus grand, dans la mesure où la génétique de la tigresse ne fait pas «rétrécir» les petits. Pour un croisement entre un tigre et une lionne, le jeune sera un peu plus petit : la lionne le fait «rétrécir»[20].

Territorialité
Les tigres aiment l'eau et se reposent fréquemment dans une mare ou un étang aux périodes chaudes de la journée[21].

Solitaire, le tigre n'aime pas partager son domaine avec d'autres congénères, surtout les mâles. Le tigre mâle possède un territoire qui englobe deux à trois domaines réservés aux femelles, le record étant de sept femelles sur le territoire d'un mâle[22]. Les mâles parcourent leur territoire régulièrement, ce qui peut prendre plusieurs semaines[23].

Tous les tigres, mâles ou femelles, marquent leur territoire avec leur urine ou leurs excréments. Afin d'éviter les intrus, ils peuvent aussi signaler leur présence en griffant l'écorce des arbres.

On rapporte quelques exceptions à la solitude des tigres : ce sont fréquemment des mâles qui restent près des femelles, et qui quelquefois acceptent de partager une proie. De jeunes tigres issus d'une même fratrie s'allient quelquefois pour capturer qui plus est grosses proies. Cependant, ces comportements ne sont pas habituels, et les rencontres entre tigres se diminuent fréquemment à la période de reproduction[24].

Le tigre possède fréquemment plusieurs tanières sur son territoire, et il utilise la mieux adaptée à ses besoins du moment. Le territoire d'un tigre fluctue beaucoup selon la densité de proie. A titre d'exemple, dans certaines régions d'Inde ou du Népal, où les proies sont abondantes, le territoire des mâles couvrent entre 30 et 72 km2 et celui des femelles peut-être inférieur à 20 km2. Mais en Sibérie, où les proies sont rares, il faut 800 à 1 000 km2 de territoire pour un mâle et jusqu'à 400 km2 pour une femelle[21].

Méthodes de chasse

Le tigre est un prédateur crépusculaire : il chasse plutôt au lever et au tomber du jour, mais peut aussi chasser durant la journée[22]. Il chasse à vue ainsi qu'à l'oreille et utilise assez rarement son odorat pour cette activité[25]. Le tigre préfère attaquer des individus jeunes ou âgés, moins résistants.

Le tigre approche de sa proie à l'affût et l'attaque par le côté ou par l'arrière. Si sa proie est petite, le tigre la tue en lui brisant les vertèbres cervicales, si elle est grosse, il préfère la mordre à la gorge et ainsi l'étouffer[22]. La morsure à la gorge permet d'éviter les cornes et les sabots de ces proies et les empêchent de se relever[26]. Le tigre est habitué à tirer la carcasse dans les fourrés pour la dévorer au calme ; il peut aussi la recouvrir de feuilles mortes ou de terre pour la cacher[21]. Il arrive que plusieurs tigres chassent ensembles[22] : dans le parc national de Ranthambore en Inde, on a observé deux mâles et trois femelles rabattre la proie vers un des membres du groupe. Ce genre de comportement est cependant assez rare[21].

Le pourcentage de réussite d'une chasse fluctue selon les individus et l'habitat : par exemple, dans le parc national de Ranthambore, seules 10 % des chasses sont couronnées de succès, alors que dans les forets denses du parc national de Kanha, la moyenne est à 5 % de réussite[27].

Alimentation

Une tigresse du Bengale seule consomme six kilogrammes de viande par jour, ce qui, selon la taille des proies, représente 40 à 70 prises par an[27]. Un tigre a en moyenne besoin de chasser une grosse proie l'ensemble des sept à dix jours[21]. Un tigre peut manger de 14 à 40 kg de viande une seule fois, en commençant par l'arrière-train[26].

Le tigre se nourrit seulement de viande, c'est un animal carnivore. Les principales proies du tigre sont de poids moyen (de cinquante à deux cents kilos), il s'attaque essentiellement aux sangliers ainsi qu'aux cerfs[22]. Le régime alimentaire du tigre fluctue selon les sous-espèces et selon son habitat ; il inclut le gaur, le sambar, le buffle, cerf axis, le singe, etc. Il s'attaque quelquefois aux épineux porcs-épics, ainsi qu'à des proies plus grosses comme des ours, des léopards, de petits rhinocéros et des éléphants[22] ou des crocodiles[23]. Le tigre aime aussi le poisson, qu'il pêche dès qu'il le peut.

Grâce à ses pattes arrière plus longues que celles antérieures, ce dernier possède un don pour le saut. Qui plus est , ce dernier dispose de puissantes épaules musclées. Ce prédateur détient un physique adapté pour de grosses proies, tout comme chez d'autres imposants félins.

Prédateur opportuniste, le tigre ne refusera pas à s'attaquer au bétail, ni à une charogne[24]. Si indispensable, il peut aussi se montrer cannibale[24].

Mangeur d'homme ?

Le tigre fait partie des félins mangeur d'hommes. Cela ne veut pas dire que l'être humain fait partie intégrante de son régime alimentaire, mais il arrive que certains individus s'attaquent à l'homme, en particulier en Inde.

Les cas célèbres de tigres mangeurs d'homme ne manquent pas. La tigresse surnommée «la mangeuse d'homme de Champawat» qui fut abattue par le chasseur Jim Corbett en 1907 avait tué pas moins de 438 personnes[14] en huit ans[21]. Depuis le début du XXe siècle, les victimes sont nettement moins nombreuses, mais dans les années 1950, on compte près de 5 000 morts par an[14].

Les principaux accidents mortels se produisent lors d'une mise en contact fortuite entre l'homme et l'animal qui a poussé le tigre surpris à attaquer. Néanmoins, la perte des canines, principales lors de la mise à mort, est un facteur déterminant : le tigre, incapable de se nourrir de grosses proies, se rabat sur des proies plus faibles, et surtout l'homme. Ce fait, noté par Jim Corbett, est corroboré par un témoignage de Pierre Pfeffer : un tigre blessé à la mâchoire par un coup de crosse revint ensuite se nourrir de chair humaine[14]. Les tigresses peuvent transmettre le goût de la chair humaine à ses petits et perpétuer ainsi une lignée de mangeurs d'homme[14].

Les Sundarbans, principalement composées de forêt de mangroves localisées à l'embouchure du Brahmapoutre, abrite les derniers tigres mangeurs d'homme : de 1948 à 1986, plus de 800 personnes ont été tuées[22], et on compte chaque année une cinquantaine de victimes[21]. Le comportement de ces tigres reste inexpliqué. Deux hypothèses ont été énoncées :

  • La première serait que le comportement des tigres des Sundarbans soit dû à l'ingestion d'une eau particulièrement salée. En effet, les mangroves sont localisées à l'embouchure d'un fleuve et donc la salinité de l'eau est plus importante. Le sel contenu dans l'eau aurait pour effet de perturber l'organisme des tigres et de les rendre plus agressifs.
  • La seconde est une explication éthologique : la théorie est fondée sur le massacre des tigres effectué du XIXe au milieu du XXe siècle. En effet, avant cette tuerie, on déplorait plusieurs milliers de victimes d'attaque de tigre. Durant cette période noire, le tigre aurait alors appris à se méfier de l'homme, à le craindre et par conséquent à moins l'attaquer. Or les mangroves des Sundarbans furent épargnée par ces tueries. Les tigres n'auraient pas «appris» à craindre l'homme et auraient gardé leurs habitudes ancestrales.

Plusieurs méthodes dissuasives ont été testées pour sauver la vie des habitants de la région. Le port d'un masque à l'arrière du crâne semble être efficace car les tigres ont l'habitude d'attaquer dans le dos[21].

Reproduction et éducation

La période de reproduction peut avoir lieu à n'importe quel moment de l'année, mais il y a un pic qui fluctue selon la zone géographique[Note 3]. L'œstrus dure plus de neuf jours[7]. La femelle signale sa présence par des gémissements et des rugissements répétés accompagnés d'un marquage olfactif plus habituel. En rut, ils s'accouplent plusieurs fois par jour : l'accouplement est bref mais peut se répéter jusqu'à cent fois par jour[28].

Après une gestation variant entre 93 et 114 jours, la femelle met au monde un à sept petits (deux à trois en moyenne) [7] dans une tanière[Note 4]. Les jeunes tigres restent aveugles jusqu'à six à quatorze jours ; ils pèsent à l'apparition de 750 à 1 600 g et leur pelage est déjà rayé. La femelle n'hésite pas à les déplacer souvent pour les protéger d'éventuels prédateurs. Ils commencent à jouer dès un mois[29] ; le sevrage a lieu à deux mois, puis ils restent avec leur mère pour apprendre à chasser jusqu'à l'âge de dix-huit à vingt-huit mois[22].

C'est la femelle qui s'occupe de l'éducation des petits ; le tigre mâle ne participe pas à leur éducation. Au bout de six mois, elle peut les laisser seuls pendant plusieurs jours dans la tanière lorsqu'elle chasse. Plus âgés, elle les emmène avec elle . Vers un an, ils sont capables de chasser seuls[29] ainsi qu'à 16 mois, ils peuvent s'attaquer à de grandes proies. Les jeunes tigres sont quelquefois tués par les autres mâles qui viennent s'emparer du territoire de leur père[11].

Une étude faîte au Chitwan, dans le Népal, a révélé une mortalité infantile de 34 % pour les jeunes de moins d'un an et de 29 % pour la seconde année. Pour la première année, 73 % des décès étaient dû à la perte de la portée entière pour cause d'inondation, d'incendie ou d'infanticide. Cette dernière raison est d'ailleurs la cause principale de mortalité des tigres de moins d'un an. Pour la seconde année, la perte d'une portée entière est bien plus rare : elle atteint 29% des décès[30].

Dans la nature, les tigres atteignent leur maturité sexuelle à l'âge de trois ou six ans pour les mâles ainsi qu'aux alentours de trois ans pour la femelle[7]. La durée de vie d'un tigre est estimée à 26 ans en captivité ainsi qu'à 15 ans en liberté[7].

Habitat du tigre

Le tigre s'accommode de plus de deux cents habitats différents[22]. Des forêts humides tropicales aux bois de conifères et de bouleau de Russie d'extrême-Orient en passant par les mangroves des Sundarbans et les forêts tropicales, le tigre fait preuve d'une grande adaptabilité, même s'il marque une prédilection pour les terrains avec une grande végétation qui lui confère un bon terrain de chasse et un bon abri. On a retrouvé des traces de tigre dans l'Himalaya à près de 3 000 mètres d'altitude[22].

Répartition

L'aire de répartition du tigre ont fortement régressé depuis le XIXe siècle. Elle s'étendait de l'est de la Turquie à l'extrême-Orient de la Russie mais aussi sur les îles de Sumatra, de Java et de Bali : cela recouvrait presque toute l'Asie, à l'exception de la chaîne de l'Himalaya.

Aujourd'hui, les derniers tigres ne survivent plus que dans quatorze pays : l'Inde, le Népal, le Bhoutan, le Bengladesh, le Myanmar (ex-Birmanie), le Laos, la Thaïlande, le Cambodge, la Malaisie, l'Indonésie (île de Sumatra), la Chine, la Russie et peut-être en Corée du Nord. Les populations de la péninsule indochinoise sont disjointes. C'est en Inde que les tigres sont les plus nombreux[22].

Menaces

Ennemis naturels

Le tigre a peu d'ennemis naturels. Cependant, les meutes de dholes peuvent attaquer et tuer un tigre. Il arrive aussi que des ours ou des tigres mâles tuent les jeunes tigres[31].

Chasse

la chasse aux trophées et fourrures a été une cause importante de régression du tigre

La chasse aux trophées a été une cause importante de régression du tigre. Qui plus est , il a été beaucoup chassé pour sa valeur comme trophée. La chasse au tigre était en effet un sport apprécié des colons anglais et autres étrangers.

Destruction des son habitat

Le tigre souffre de la destruction de son habitat. Actuellement, le recul des forêts et des habitats naturels, la croissance démographique, la disparition de ses proies et l'avancée des zones cultivées mais aussi de la pollution aggravent cet état. Les individus de moins en moins nombreux, et quelquefois de plus en plus éloignés les uns des autres sur des espaces fragmentés, ont du mal à se rencontrer et reproduire.

Les incendies de forêts, l'utilisation de poison et la perpétuation d'un trafic ou commerce de peau et sous-produits pour certaines médecines respectant les traditions continuent à peser sur sa survie.

Médecine asiatique traditionnelle

En Asie on utilise certaines parties du corps du tigre pour fabriquer des médicaments. La population a en effet découvert énormément de mythes et croyances. Leur efficacité n'a pas de justification, et ces pratiques continuent de hâter la disparition de l'espèce[32], [33].

Historique des actions de protection

La chasse au tigre devient interdite en 1970, mais c'est en 1973 que le Projet Tigre est lancé par Indira Gandhi en Inde[34] : les parcs nationaux sont transformés en réserves, dont il est interdit d'accéder au cœur, pour réserver un centre de reproduction au tigre. Des zones tampons, où les autorités règlementent le passage, sont aménagées. Le programme fonctionne : dans les années 1980, les autorités indiennes annoncent que les populations de tigre ont plus que doublées[34]. Cependant, le projet s'essouffle après la mort de Gandhi en 1984 : les pressions populaires pour exploiter les forets sur les politiciens locaux diminuent les zones tampons, pressions d'autant plus écoutées que le pouvoir se décentralise de New Delhi et que les populations s'accroissent, réclamant encore plus d'espace. Les résultats du Projet Tigre sont aussi critiqués : le comptage des tigres se faisait par l'identification des empreintes des pattes, méthode peu précise, et les administrateurs avaient tendance à gonfler leurs résultats pour justifier l'argent versé par l'État[34].

A partir de 1986, on découvre avec surprise que les tigres «disparaissent» : on prend alors conscience du braconnage à des fins de pharmacopée respectant les traditions chinoise. Ce n'est en effet qu'à partir de la fin des années 1980 que le braconnage fait surface : jusqu'désormais, les tigres de Chine «suffisaient» à répondre à la demande. Il est complexe de chiffrer l'impact du braconnage sur les populations de tigre indien, la Wildlife Protection Society estime que 94 tigres sont tués en 1994 et 116 en 1995[34]. Qui plus est , le braconnage des tigres est lié à celui du chiru, une antilope tibétaine dont la laine est particulièrement prisée : les os de tigre sont échangés contre la laine de chiru récupérée sur la carcasse[34]. La révélation du braconnage provoqua une crise au sein de la communauté des conservateurs : l'ensemble des efforts menés semblaient vain, le trafic d'os de tigre se perpétuant aussi en Indochine et en Sibérie. Après de nombreuses querelles entre partisans de la conservation in situ et ex situ, après diverses propositions peu réalistes[Note 5], des actions mondiales furent menées[35] :

  • En 1994, les représentants de nombreux pays où vivent les tigres se réunissent pour lutter ensemble contre le commerce illégal du tigre ;
  • En 1995, la campagne Save the tiger fund, financée par la société Exxon et le National Fish and Wildlife Foundation, a pour objectif de renforcer l'action des réserves[36], par exemple en instaurant des couloirs forestiers pour éviter l'isolement des populations de tigres, et de stopper le commerce illégal[37].
  • L'interdiction du commerce d'os de tigre en Chine fut le résultat de nombreuses pressions exercées par la communauté mondiale.

Statut légal

La totalité des sous-espèce de tigre est classée en annexe I de la CITES depuis 1975, excepté le tigre de Sibérie qui appartint à l'annexe II de la CITES jusqu'en 1987[17], ce qui veut dire que son commerce est interdit sauf autorisation exceptionnelle[Note 6].

L'espèce est aussi reconnue comme En danger (EN) par l'UICN depuis 1986[38]. Les sous-espèces peuvent avoir un statut différent : le tigre de Sibérie fut reconnu comme En danger critique d'extinction (CE) de 1996 à 2008 avant de retrouver son statut d'En danger[39], le tigre de Chine et le tigre de Sumatra sont reconnus comme En danger critique d'extinction depuis 1996[40], [41], et les tigres de la Caspienne, de Bali et de Java sont reconnus comme Éteints (EX).

Le tigre est protégé par la législation nationale de la totalité des pays où il est présent à l'état sauvage[29].

Présence in situ

En 1900, on estime que la population de tigre atteignait 100 000 individus dont 40 000 en Inde[29]. En 2009, le nombre de tigre à l'état sauvage n'excèdent pas 6 000 individus, les tigres du Bengale étant les plus nombreux. On estime que pour que le bassin génétique d'une espèce soit viable, il ne faut pas que sa population descendent en-dessous de 5 000[42].

Actuellement, il y a en Inde vingt-trois réserves naturelles particulièrement créées pour la préservation du tigre. Au Népal, trois réserves peuvent prétendre à héberger des tigres : il s'agit du parc national royal de Chitwan et des réserves royales de faune de Bardia et de Sukhla Phanta. Le tigre est présent dans dix-neuf réserves en Thaïlande, quatorze aires protégées du Viêt Nam, cinq réserves à Sumatra[29], trois réserves en Russie et une en Chine[29].

Présence ex situ

Les tigres de Sibérie et de Sumatra font l'objet d'un programme européen d'élevage (EEP) [44].

Le tigre se reproduit bien dans les zoos et les cirques. Il est probable que les tigres en captivité soient plus nombreux que les tigres sauvages, si on prend en compte les individus issus d'hybridation entre sous-espèce. Le livre mondial des espèces détenues en captivité estime le nombre de tigres à un millier[45]. Des populations tenues en grand parcs animaliers pourraient être décimées par un microbe (grippe aviaire par exemple, pour des tigres nourris avec des poulets).

Les tentatives de réintroduction de tigres nés en captivité n'ont pas été couronnées de succès[42].

Représentations du tigre

  • Shiva, dieu de la destruction, est représenté avec une peau de tigre.
  • Durga, déesse au dix-huit bras a un tigre pour monture[14].
  • Le tigre de Tipoo est une boîte à musique représentant un tigre tuant un Anglais : elle symbolise la victoire des peuples indiens sur l'empire colonisateur britannique[14].

Références taxonomiques

Bibliographie

  • Michæl Nichols et Geoffrey C. Ward (trad.  Florence Illouz), Le tigre (The Year of the Tiger), National Geographic, Paris, 2000, 156 p. (ISBN 2-7441-2875-9)

Notes

  1. Le ligre, un hybride du tigre, peut être plus gros, car il ne possède aucun gène inhibiteur de croissance
  2. La formation du mot est analogue à celle de lionceau avec le suffixe réducteur -eau
  3. La période de reproduction se situe en fin novembre et début avril en Inde, décembre et février en Mandchourie et février et avril au Népal.
  4. Cela peut être une grotte, sous des rochers ou un arbre creux.
  5. Apporter un collier émetteur à chaque tigre, traquer les braconniers dans toute l'Asie
  6. A titre d'exemple, l'Ouzbekistan a obtenu en 2009 un quota d'exportation de trois spécimens sauvages vivants de tigre de Sibérie

Références

  1. (IUCN, 2008)
  2. (en) Status of tigers, co-predators and prey in India 2008
  3. Office québécois de la langue française, «tigreau» sur Le grand dictionnaire terminologique, 1986. Consulté le 1 mars 2009
  4. Le terme «tigreau» est inconnu du dictionnaire Larousse 2008, du, du centre national des ressources textuelles et lexicales ou encore de Médiadico.
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"Le tigre, el matador"

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